AIRBUS A-380: Le brontosaure des airs

Jeudi 21 avril 2005

L'Airbus A380 a effectué ses premiers essais... au sol ! Il va tourner en rond quelques jours sur la piste Concorde. Après le plus beau porte-avions nucléaire incapable de nager (le Charles de Gaulle), va-t-on avoir le plus gros avion incapable de voler ? Et s'il décolle, où ira-t-il atterrir ? Car il faut une piste renforcée de plus de 3 000 m pour supporter les 560 tonnes de l'engin. Très peu d'aéroports possèdent de telles pistes... Avant de vendre ses Airbus à la Chine, il faurda que l'Europe lui fournisse les pistes... Boeing au contraire en revient à des avions plus petits, pouvant se poser partout et plus facilement rentables car il est plus aisé de remplir des appareils avec 200 passagers qu'avec 800.

Exemple: Si vous habitez Paris, que vous prenez un Airbus A380 pour aller de Blagnac à Pickle Lake et que vous atterrissez à 1 000 Km du lieu de votre rendez-vous faute d'aéroport pouvant accueillir le mastodonte, vous regretterez de ne pas avoir pris un Boeing (ou un Airbus A-320) décollant de Roissy Charles de Gaulle pour vous déposer directement à l'aéroport de Pickle Lake. Une crise secoue actuellement les constructeurs aéronautiques européens touchant en particulier la France et l'Allemagne qui se font une jolie guerre d'actionnaires. Jusqu'ici, le consortium fonctionnait car il était le résultat d'accords entre constructeurs et non une création européenne.

Samedi 9 juillet 2005
Revenons un instant sur le premier vol d'essai le 27 avril 2005. Nous sommes en Chiraquie, à Blagnac, en Haute-Garonne. Comme on en a l'habitude désormais, le premier vol est surmédiatisé, présenté tel un reality-show devant surtout contrer l'envol du "Non" au référendum... Jacques Chirac est là, prêt à prendre le palonnier devant les caméras bien qu'il ne zieute même pas le brontosaure volant.. Petit couac: Même une personne n'ayant aucune connaissance en pilotage ou en aéronautique a remarqué que les pilotes n'ont pas réussi à rentrer le train. Il faut imaginer le poids et la taille des 22 roues, des vérins ou des volets et la force inouïe qu'il faut pour rétracter le tout. Nous prenant pour des échappés de la maternelle, on va nous expliquer que les pilotes ont préféré faire le premier vol avec le train sorti. C'est stupide car le premier vol sert justement à vérifier si tout fonctionne, y compris et surtout la rentrée et la sortie du train. Depuis, plus un mot sur le géant des airs... Le coût (10,7 milliards de dollars), lui, va décoller. Ce qui signifie qu'il faudra vendre au moins 400 exemplaires désormais pour rentabiliser l'avion alors que l'époque est aux supersoniques ou aux avions plus petits pouvant se poser partout (Il faut au minimum 3 000 m de piste à l'A-380, seules 5 pistes au monde pourront l'accueillir. La moitié suffisait au XB-70 Valkyrie). L'A380 est donc le seul gros-porteur ayant fait un voyage toutes roues dehors sans être obligé de sortir le train pour atterrir puisqu'il ne l'a pas rentré en décollant. Toujours est-il que les retards s'amoncellent concernant les livraisons. Ceci n'est pas de très bonne augure pour la suite car si l'Europe se retrouve avec un nouveau gouffre financier de cette taille, on se demande qui va payer. Jacques Chirac a-t-il avancé le vol d'essai pour sauver son référendum alors que le prototype n'était pas prêt ? La décision de construire un mastodonte de 800 places aurait-elle été prise uniquement dans le but de contrer Boeing sans savoir que Boeing allait arrêter la fabrication du 747 pour en revenir à des avions plus petits et que la course s'oriente enfin vers les vols à Mach 3 (3.380 km/h) ? Les premiers appareils de ce type ont volé dès le début des années 1950 (voir la fiche du XB-70 Valkyrie qui connut lui aussi des pannes de train). L'A380 vole à Mach 0,85, environ 1 040 km/h, Concorde atteignait Mach 2,02 soit 2 350 Km/h. En février 1965, le Valkyrie a passé Mach 3 à 3 672 Km/h. Pourquoi a-t-on arrêté ces programmes ? Les intérêts financiers étaient-ils ailleurs ?

Mercredi 27 juillet 2005
Des compagnies ont exigé le paiement des pénalités concernant les retards sur les livraisons. Les pénalités, estimées à 50 millions d’Euros, pourraient s'envoler s'il y avait d'autres retards. Actuellement 154 commandes ont été enregistrées. Si les commandes ne progressent pas plus, les pertes pourraient être considérables.

Mercredi 14 juin 2006
Depuis le coup médiatique lors du référendum sur le traité européen en mai 2005, lorsque Jacques Chirac était venu pour faire décoller le "oui", le RdM vous avait révélé que notre mastodonte des airs, l'Airbus A-380, était un échec technologique à la mesure de son poids. Lors du vol d'essai, le mammouth volant n'a pas pu rentrer le train (composé d'une trentaine de roues). Le RdM vous révélait également ce détail: Seules 5 pistes au monde pourront accueillir l'A-380. Il lui faut en effet au minimum 3 kilomètres de piste. L'A380 est un désastre économique (comme le Charles de Gaulle et le Rafale).

Depuis le début, le RdM vous a relaté les retards concernant les livraisons et les indemnités de retard réclamées par les compagnies, indemnités qui s'alourdissent au rythme que votre porte-monnaie s'allège (et va encore s'alléger). Ce 14 juin, l'impossibilité de livrer notre mammouth ailé est désormais étalée au grand jour. Airbus prévoit (pour l'instant) un retard de 6 à 7 mois. On avoue des "avaries" au niveau des systèmes électriques (ce qui explique l'impossibilité de rentrer le train). Rien que pour 2006, le groupe EADS prévoit plus de 300 millions d'Euros de perte et au minimum un milliard d'Euros en 2008 auxquels il faudra ajouter 500 millions d'Euros de manque à gagner pour la période 2007-2010. Résultat: Les compagnies se tournent vers le concurrent américain du plus gros porteur au monde: Boeing.

Vendredi 16 juin 2006
Les retards de livraison de l'Airbus A380 ont provoqué un crash boursier. Près de 6 milliards d'Euros se sont évaporés. Le groupe EADS admet «traverser une crise majeure» en accusant ses dirigeants, dont Noël Forgeard, d'avoir vendu des actions il y a trois mois. Noël Forgeard, en bon seigneur, charge naturellement son successeur, l'allemand Gustav Humbert. Pourtant, les premiers retards sont apparus dès avril 2005. Arnaud Lagardère est le co-président du conseil d'administration, son groupe possède 7,5% du capital d'EADS. La nomination de Noël Forgeard, devant représenter les intérêts français à la tête d'EADS, avait fait l'objet de longues négociations entre Lagardère et l'État français (détenant 15% du capital d’EADS). L'Élysée a finalement imposé Noël Forgeard. Nöel Forgeard devra justifier la vente massive d'actions peu avant le désengagement partiel des deux actionnaires, Lagardère et DaimlerChrysler, et sur la débâcle de l'action. Le co-président d'EADS, ses trois enfants et des dirigeants français et allemands du groupe, ont empoché plusieurs millions de plus-values après avoir levé des stock-options en mars.

Jean-Louis Gergorin, ancien vice-président d'EADS, a une nouvelle fois été interrogé mercredi par les juges Jean-Marie d'Huy et Henri Pons dans le cadre du dossier Clearstream. Jean-Louis Gergorin a été mis en examen le 1er juin pour "dénonciation calomnieuse" et "faux et usage de faux" et Imad Lahoud, le mathématicien franco-libanais ayant travaillé chez EADS de 2003 à 2006, soupçonné d'avoir falsifié des listings de Clearstream (les personnalités ayant touché des bakchichs lors de la vente de frégates à Taiwan en 1991), a été mis en examen le 9 juin.

EADS (European Aeronautic Defence and Space company) est un groupe industriel européen créé le 10 juillet 2000 par la fusion de Daimler Chrysler Aerospace AG (Allemagne), d'Aérospatiale Matra (France) et de CASA (Espagne). EADS se compose de cinq activités: Aéronautique, Airbus, défense et sécurité, avions de transport militaires et espace (Ariane). Dans l'affaire Clearstream, on a beaucoup évoqué des comptes "qui seraient" liés aux ventes d'armes. Pure coïncidence, sans plus (...). Cela n'existe que dans les films ces choses-là...




Samedi 3 mars 2007

Il a un bien joli nom, «Power8», c'est le «plan social» de restructuration d'EADS. Airbus prévoit en effet la suppression de 10 000 emplois: 4 300 en France, 3 700 en Allemagne, 1 600 en Grande-Bretagne et 400 en Espagne. Airbus et EADS sont les exemples les plus significatifs du fiasco de l'Europe. Ajoutons un autre plan de restructuration: Alcatel-Lucent... La Chancelière Angela Merkel, qui a la présidence tournante de l'UE jusqu'en juin, juge «le principe d'équilibre [des licenciements] respecté entre France et Allemagne». Que fera Nicolas Sarkozy, le futur président français (la France aura aura la présidence de l'UE en 2008) ?

Hambourg-Toulouse sans escale

Lundi 23 juillet 2007

Un Airbus A380 a réussi à décoller le jeudi 20 juillet de Hambourg en Allemagne (où il a en partie été terminé) et à se poser en un seul morceau sur la piste de Toulouse-Blagnac à 15 heures. Il a ensuite été camouflé dans un hangar de Jean-Luc Lagardère. Notre mastodonte volant doit en effet subir quelques "modifications" avant d'être livré en octobre à la compagnie Singapore Airlines, ce qui va occasionner quelques indemnités de retard supplémentaires. En réalité, l'avion devait être livré fin 2006 et non pas fin 2007. Enfin, on a en a vendu un, c'est mieux que le Rafale, il en a été vendu zéro exemplaire en plus de 20 ans, et c'est pourtant, selon les médias, le meilleur avion de chasse du monde. Dans 30 ans, les armées de l'air des autres pays l'auront peut-être compris et arrêteront d'acheter des F-16 américains (General Dynamics n'en fabriquera plus dans 30 ans).

Soyons rassurés, durant le salon de l'aéronautique au Bourget (du 18 au 24 juin), John Leahy, le directeur commercial d’Airbus, a annoncé la vente d’un A380 à un particulier pour plus de 250 millions d’euros auxquels il faudra ajouter les coûts pour l’aménagement, le garage, le carburant, l'assurance, etc... Le "client" (sans doute un smicard) s'est offert un A380 pour en faire un "paquebot volant de luxe" destiné à 120 passager, sans doute son harem et ses domestiques et quelques amis dans la misère. Donc, si Airbus trouve 200 particuliers (peut-être vous cher lecteur) voulant s'offrir un A380, la situation d'Airbus pourrait s'améliorer (1). Nicolas Sarkozy pourrait en acheter un à nos frais pour promener Cécilia à nos frais ! Le Titanic des airs vendu (normalement) aux compagnies aériennes pourra transporter jusqu'à 853 passagers. Donc, en cas de crash, ça fera au minimum 800 morts. La France et l'Europe doivent fabriquer tout ce qui est le plus gros, plus beau ou plus rapide au monde, c'est bien connu... Pour aller plus vite à Singapour (un voyage de plus d'un an quand-même), l'Airbus A380 a été peint aux couleurs de la compagnie Singapore Airlines (SIA). Le saviez-vous ? Au départ, notre ptérodactyle géant devait s'appeler A360. Les technocrates ont décidé de le nommer A380 car le chiffre "8" porte bonheur dans la tradition asiatique. Or, Airbus a ciblé ses ventes d'A380 en Asie, la preuve, Singapour en a acheté un. Nicolas Sarkozy pourrait par exemple proposer à la Chine de modifier la Muraille en piste d'atterrissage à nos frais. Jean-Pierre Raffarin l'a quasiment fait en 2005.

Le 27 avril 2005, à 10 heures 29, L'A380-001 F-WWOW faisait son premier vol inaugural sur la piste 32 de l'aéroport de Toulouse-Blagnac. Wow wow ! L'envol avait été avancé pour des raisons électorales, Jacques Chirac en personne était venu pour faire décoller son traité européen. Décollage impeccable selon les médias à un détail près, le mastodonte n'a pas réussi à rentrer ses 22 roues (le Réveil des Marmottes avait arrondi à 30 mais le joyau possède bien 20 roues à son train principal et deux à son train avant. Le nombre de 30 roues avait été communiqué sur une fiche technique datant de 2005, soit l'Airbus en a perdu huit soit le vendeur avait mal compté en 2005). L'A380 a donc fait un vol toutes roues dehors avant de se poser à 14 heures 22 sans avoir à sortir le train. Certains journalistes ont évoqué un essai de vol dans ces conditions pour tester l'engin mais tout pilote d'avion à réaction (surtout de long-courrier quadriréacteur) vous dira qu'il faut rentrer le train (imaginez un train de ce volume !) le plus tôt possible. D'ailleurs, on voyait nettement le diplodocus tanguer en amorçant la première courbe après le décollage.

Lorsque le projet de l'A380, le plus gros avion construit par Airbus, a vu le jour sous le code A3XX en 1993 (et officialisé le 19 décembre 2000), Boeing avait compris que l'époque n'était plus aux géants mais aux avions moyen-courriers plus rapides, plus souples (pouvant desservir les petits aéroports), plus économiques et moins bruyants. Airbus a misé sur une consommation plus faible par siège. Bien sûr, si on divise la consommation par 853 (le nombre maximum de passagers), cela fait moins qu'un avion transportant 230 passagers. De plus, il faut remplir un appareil de 853 places et tout le monde ne va pas forcément dans la même direction et faire 500 km avec un autre avion pour embarquer dans un A380 et louer un autre avion pour aller à sa destination éloignée de 500 km de l'atterrissage est un mauvais calcul. Il vaut mieux un moyen-courrier allant de la ville la plus proche du départ à la ville la plus proche de l'arrivée. En 2006, Airbus avait déjà retardé ses livraisons d'un à deux ans. Les pénalités se sont encore alourdies, plus d'un milliard d'€ en 2006. Le plan Power 8 a été imaginé pour économiser 10 000 employés et 3 usines. Le budget initial pour l'A380 était de plus de 10,7 milliards d'€ (sans les pénalités) en principe répartis jusqu'en 2012. Airbus s'est mis en tête de concurrencer le Jumbo Jet 747 de Boeing dont la firme américaine avait annoncé l'arrêt de la fabrication. Les gros soucis arrivent pour Airbus avec le lancement du biréacteur de Boeing, le "Dreamliner" 787, pouvant franchir 15 700 km à la vitesse de croisière de Mach 0,85 (environ 1040 km/h). Il y a eu par le passé des avions plus gros que l'A380, tous ont été voués à l'échec. L'Antonov An-225 de 84 mètres de long n'a été construit qu'à un seul exemplaire. L'hydravion géant H-4 Hercules de 97,5 mètres d'envergure (Spruce Goose) n'a volé qu'une seule fois en 1947 et le mastodonte d'avant-guerre, le Dornier Do X, propulsé par douze moteurs, fut abandonné. La France ne dispose que de 4 usines Airbus pour l'A380: Nantes, Saint-Nazaire, Méaulte et Toulouse. L'usine de Saint Nazaire va être vendue dans le cadre du plan Power 8. Pour ne pas à avoir à économiser encore sur les roues ou les parachutes en or, Airbus pourrait licencier 20 000 salariés et vendre bien plus de 3 usines. Remarquez, l'Airbus est déjà à plus de 30% américain (dont les quatre réacteurs, utiles pour un avion de cette taille).

Caractéristiques de l'Airbus A380 - Équipage: 2 pilotes + personnel commercial - Envergure: 79,8 m - Longueur: 73 m - Hauteur: 24.1 m - Masse maximale au décollage: 560 000 kg - Distance franchissable: environ 14 800 km à un peu plus de 900 km/h - 4 réacteurs Rolls Royce Trent 900 ou 4 réacteurs Pratt & Whitney GP7200 de General Electric de 30 410 kg de poussée - 555 passagers en utilisation normale, 853 en charge maximale.

Airbus A380

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